Traversée de l'Atlantique en Boeing 747, mon vécu et son histoire depuis 50 ans
Nous sommes en juillet 1990, un matin différent des autres, après une nuit quasi blanche, partagée entre excitation et appréhension, un petit-déjeuner vite avalé, mes valises bouclées, je m’apprête à rejoindre l'aéroport de Schipol aux Pays Bas pour ma première traversée de l'Atlantique !
Nous partons rejoindre nos amis pour trois semaines au pays des Caribous !
Me voilà chargé non seulement de mes valises, mais aussi d'une grande responsabilité, celle d'emmener avec moi ma petite nièce Séverine qui vient à peine d'avoir 17 ans et que ma sœur Eliane et mon beau-frère Claude ont accepté de me confier.
La circulation se fait dense, nous approchons d'un des trois plus grands aéroports d'Europe "Schipol International Airport", il nous ouvre ses portes.
Ma première réaction : un frisson m'envahit en découvrant un impressionnant nombre d'avions venant de la planète entière. Tout le monde connait ma passion pour les avions !
Comme des pétales de couleurs tout au tour d'un immense bâtiment de béton et de verre, les Boeing tantôt bleus, tantôt blancs, arborent fièrement les couleurs de toutes les compagnies aériennes du monde en attendant impatiemment leurs passagers pour les emmener rêver sous d'autres cieux.
Rapidement, celui qui nous emmènera à 6000 km de la grisaille attire toute mon attention !
Fièr, immense, impressionnant, de couleur blanche avec ses lettres rouges, notre avion est là. C'est un Boeing 747 de la compagnie Martinair. Les camions s'affairent autour du monstre, des chariots à bagages, aux camions-citernes chargés de ravitailler l'engin, les hommes prennent soin de ce bel oiseau pour notre confort et notre sécurité. Ils ont l'air bien petits à coté des 70 mètres de longueur et des 60 mètres d'envergure du géant des airs. J’aperçois un technicien à côté d'un des quatre réacteurs, la turbine dépasse les 3 mètres de diamètre, j'imagine mieux maintenant la puissance de ces moteurs à 17 millions d'euros pièce.
Contrôle de sécurité passé, nous voilà proche de l'engin, parqué le nez à quelques mètres des fenêtres du terminal. Nous pouvons admirer sa forme particulière un peu comme un œuf, les pare-brises du cockpit nous apparaissent au sommet. Nous apercevons les pilotes déjà installés aux commandes. J'ai le cœur qui bat fort, j'ai hâte.
L'heure est venue d'embarquer. Plus que quelques mètres nous séparent de la carlingue, passé la porte, nous sommes accueillis par une armée d'hôtesses. Nous pouvons alors nous rendre compte de l'immensité de la cabine, avec ses deux couloirs, ses rangées de sièges à perte de vue et leurs écrans vidéos. Difficile d'imaginer que dans quelques minutes cet avion de plus de 300 tonnes va nous emmener à 10 km d'altitude pour un vol de 7h30 vers Montréal.
Ma première expérience avec un Boeing 747 aurait pu s’arrêter là, mais quelques années plus tard, lors de contacts professionnels, que j'entretenais avec un responsable de la société Nippon Express Cargo, une visite du terminal cargo à Brussels Aiport me fut proposée, vous imaginez bien, qu'un passionné comme moi ne pouvait pas rater ça.
Après une courte visite des locaux de stockage et de manutention, me voilà conduit dans un véhicule de service jusqu'au pied de celui qui décollera d'ici une petite heure pour le Japon.
Le 747 Cargo aux couleurs de Nippon Express se dresse devant moi, moment unique et privilégié ! Mon guide m’emmène sous l'avion, tous en passant devant les gigantesques réacteurs. Je ne peux m’empêcher de glisser la main sur le bord de d'un des moteurs. Entre les roues des trains d’atterrissage de plus d'un mètre de haut et la visite du cockpit, comme tous les petits garçons, je rêve devant une telle débauche de technologie et je me prend à rêver de m'asseoir sur les peaux de moutons recouvrant les sièges des pilotes, m'y voilà d'ailleurs assis pour quelques minutes.
Je grimpe l'escalier métallique pour me retrouver dans l'immense soute ou seront stocké et disposé ce jour là plus de 80 tonnes de fret. Le bruit est assourdissant, entre les palettes qui glissent sur les roulettes du plancher, le camion de kérosène et l'échappement de l'APU de l'avion (moteur situé en dessous de l'empennage pour alimenter celui-ci en électricité lorsqu'il est au sol).
Ma visite se termine. Je remercie chaleureusement mon guide, j'ai les yeux qui pétillent !
Je n'ai malheureusement pas eu l'occasion de prendre de photos ce jour là, pour des raisons de sécurité évidente. Mais 20 ans plus tard, mes souvenirs sont intacts et je suis heureux de vous faire partager ce que furent mes rencontres avec le mythique Boeing 747.
Mais revenons quelques années en arrière. Au début des années 60 et à la demande de la très célèbre compagnie aérienne PAN AM, les ingénieurs se mirent à réfléchir à la conception du plus gros avion de ligne de tout les temps. Naquit ainsi celui qui s'imposera, non sans déboires, comme le fleuron du transport aérien de masse. Il aura fallu quasiment 10 ans avant que le premier "Jumbo Jet" ne reçoive ses certifications et puisse prendre pour la première fois du service entre New York et Londres en janvier 1970.
Son allure imposante, sa forme emblématique, son confort incroyable, ont fait du Boeing 747 le représentant indiscutable de notre regrettée SABENA. Il fut l'avion de tous les voyages en Afrique, des allers et retours vers New York et à travers la planète entière. Il contribuera sans aucun doute à la renommée mondiale de la SABENA Belgian World Airlines au travers de ces florissantes années ou l'insouciance et le "glamour" faisait encore partie de nos existences.
Au fil des années, le 747 s'imposera au sein de la plupart des grandes compagnies aériennes mondiales. La Pan Am l'a exploité pendant plus de 30 ans (fin en 1991). British Airways en fit son fleuron avec le regretté Concorde. Air France, Quantas et bien d'autres en exploiteront plusieurs exemplaires. Il y a encore quelques semaines d'ici, plus de 547 exemplaires du Boeing 747 tant en versions civiles que cargos ou militaires étaient encore en service.
Le 747 n'a cessé d'évoluer au fil des années. Plusieurs versions ont vu le jour depuis sa mise en service en 1969. Tantôt plus longues, plus luxueuses, équipées de moteurs moins gourmands, il est encore actuellement considéré comme l'un des avions de ligne les plus fiables et les plus sûrs au monde.
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| Le premier cockpit du 747 avec ses instruments analogiques |
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| La technologie numérique au service du Boeing 747 dernière version |
Saviez-vous que c'est encore lui qui porte les couleurs des Etas-Unis avec le célèbre "Air Force One"?
Du président Bush en passant par Ronald Reagan, Barack Obama et le président Trump, deux exemplaires du Boeing 747 sont actuellement au service de la présidence.
Air Force fut aussi le refuge du président Bush lors des attaques du 11 septembre 2001. En effet l'avion emmena le président et son staff à l'abri. C'est également à son bord que les ordres officiels lors de cette terrible journée furent donnés.
Cher lecteurs, vous habitez dans la région Bruxelloise ? Levez le nez de temps en temps lorsque le grondement d'un avion vous semble plus fort qu'à l'habitude. Il s'agit sûrement d'un Boeing 747. En effet, quelques versions cargos survolent encore toutes les semaines la région Bruxelloise.
Ces dernières semaines, la pandémie et ses conséquences ont précipité le Boeing 747 dans la tourmente. En effet, les "lock down" en Europe, les interdictions de voyages aux antipodes concernent les trois- quarts de la planète. Le transport aérien est donc devenu une des premières victimes co-latérales de ce chaos indescriptible dont nous sommes tous victimes depuis mars 2020.
En quelques semaines, les opérateurs historiques européens du Boeing 747 que sont BRITISH AIRWAYS et AIR FRANCE ont décidés de mettre à la retraite tous les "Jumbo Jets" de leur flotte respective.
Triste fin de vie pour ces géants des airs.
Dans la foulée, l'usine Boeing de Seattle annonce que son célèbre 747 ne sera plus fabriqué à partir de 2022. Il aura été fabriqué à plus de 1500 exemplaires. A noter que deux "AIR FORCE ONE" sont encore au montage et entreront certainement dans l'histoire dans quelque décennies.
Merci à toi de nous avoir fait voyager . Tu est rentré dans l'histoire et ton copain Concorde t'attend au musée pour que nous puissions encore t'admirer
A très bientôt pour de nouvelles découvertes ou histoires vécues.














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